La question est aussi ancienne que l'obligation elle-même. Quelqu'un dont les revenus couvrent à peine les besoins de sa famille est-il tenu de donner le maasser — la dîme monétaire ? Et si oui, sur quelle assiette doit-il calculer son obligation ?
Le Choulhan Aroukh (Yoreh Déa 248:1) codifie l'obligation : donner un dixième de ses revenus est une mitsvah min hamouvar, une obligation de premier rang. Mais le Rama — Rabbi Moshe Isserles — y ajoute immédiatement une limitation décisive :
"Si ses revenus ne lui suffisent pas pour ses propres besoins, il n'est pas obligé de donner." Yoreh Déa 248:1, glose du Rama
Ce principe trouve son fondement dans la hiérarchie des priorités établie dans le Talmud. Lorsque les ressources sont limitées, leur ordre d'affectation obéit à une logique précise : les proches passent avant les étrangers, et soi-même avant les autres.
"Les pauvres de ta maison passent avant les pauvres de ta ville, et les pauvres de ta ville passent avant ceux d'une autre ville." Talmud de Babylone, Bava Metsia 71a
La conséquence est limpide : celui qui se trouve lui-même dans le besoin est, au sens halakhique, inclus parmi les aniyim. Il passe en premier. Non par égoïsme, mais par ordre talmudique.
La question qui reste ouverte — et que le Choulhan Aroukh lui-même ne chiffre pas — est précisément : qu'est-ce que "ne pas suffire à ses besoins" ? Où se situe ce seuil ?
Le terme ḥayyim beinonim — la vie ordinaire — est resté qualitatif pendant des siècles. La halakha savait qu'il existait un seuil en dessous duquel l'obligation de maasser s'éteint, mais elle n'en avait jamais fixé le montant en termes universels et chiffrés.
L'apport de la méthode présentée ici est précisément de combler ce vide, non par arbitraire, mais en recourant à un étalon externe objectif : le seuil de pauvreté relative de l'INSEE, défini comme 60 % du revenu médian ajusté selon l'échelle d'Oxford (unités de consommation).
"Quelle est la mesure [de la tsedaka due au pauvre] ? Suffire à ce dont il a besoin — la vie ordinaire." Talmud de Babylone, Kétoubot 67b
La ketouba offre une analogie éclairante. Dans Kétoubot 54a, la halakha fixe des montants précis — 200 zouz pour une vierge, 100 pour une veuve — quelles que soient les ressources réelles du couple. L'objectif n'est pas de coller à chaque situation particulière, mais d'établir un repère universel, chiffré, stable, applicable à tous.
Le seuil INSEE remplit exactement ce rôle : il fournit un plancher universel, ajusté à la composition du foyer par l'échelle d'Oxford (1 UC pour la première personne, 0,5 pour les adultes suivants, 0,3 par enfant de moins de 14 ans), indépendant du revenu réel de la famille.
La règle de calcul qui en découle est la suivante :
Maasser dû = (Revenu net mensuel − Seuil ḥayyim beinonim) × 10 %
Si le résultat est nul ou négatif : aucune obligation halakhique.
Le calculateur ci-dessous applique ce raisonnement à votre situation personnelle, en tenant compte de la composition de votre foyer et de votre revenu net mensuel.